2012-05-15

Lieux Communs (2)

J'ai vécu la scène suivante au petit déjeuner dans une chambre d'hôtes :

Le propriétaire des lieux, qui s'occupe du service le matin, est un homme d'une cinquantaine d'années, grand, qui a le sens de l'humour provençal : commercial, pas forcément drôle mais puisque c'est dit avec un excès de bonhomie et d'accent et accompagné d'un éclat de rire sonore et feint, ça passe bien.
La salle est aux 3/4 vides, les tables sont dressées en prévision des futurs arrivants, à l'exception de 4 places précédemment occupées par des lève-tôt qui sont déjà repartis. Une femme de 60 ans un peu enrobée arrive, visiblement encore un peu éméchée de la soirée de la veille, lance un bonjour timide à la cantonade et s'assoit justement sur une des chaises encore chaudes du séant des matinaux, devant un fond de café dans une tasse sale avec des restes de pain entamés qui traînent sur la nappe en papier tachée de beurre.
Le maître des lieux revient dans la salle et lui dit :
"Vous préférez pas vous mettre là où il y a des couverts propres tant qu'à faire, fan ? (je ne suis pas encore au top en terme de transcription d'expressions méridionales)
- Oh ! Excusez-moi ! Vous savez, moi, avant le petit déjeuner je ne suis jamais vraiment réveillée !
- Ma foi, je vois ça !"
Ricanement provençal pour atténuer l'attaque, rire gêné de la cliente qui change de place en se dandinant.

Je ne peux pas, alors, m'empêcher d'analyser la scène à laquelle je viens d'assister.
Elle n'est pas a l'aise, semble timide et ne veut surtout pas gêner. Donc elle s'assoit là où elle ne risque de prendre la place de personne : où c'est sale.
Lui, dans son rôle de patron plein de gouaille, tente une plaisanterie commerciale (en fait, une phrase pas spécialement drôle mais prononcée avec le ton d'une blague, ce qui fait parfois le même effet, un peu comme un jeu de mots qui ne veut rien dire, mais avec conviction, "qui sème le vent récolte le tempo"), probablement d'ailleurs plus à l'intention des autres clients que de la dame timide.
Elle réagit en se plaçant immédiatement dans le rôle du dominé. Elle se rabaisse en s'auto-vannant (sans beaucoup plus d'effet comique que son interlocuteur, mais là n'est pas l'important, les plaisanteries ont ici une fonction conversationnelle seulement)
Lui, en réalisant qu'elle endosse volontiers l'habit du dominé, se sent conforté dans son personnage de dominant et se permet d'en remettre une couche (mais pas trop, il n'oublie pas qu'elle est cliente, d'où le petit rire accompagnant, qui marche aussi pour signaler les pseudo-plaisanteries dont je vous parlais plus haut).

En observant cet échange, j'ai été frappé par le fait que chacun avait un rôle de prédilection et essayait de le tenir dès le début, et qu'une fois qu'il se rendait compte que l'autre avait le rôle complémentaire, il se renforçait dans son interprétation, au point d'en devenir caricatural.

La femme de la conversation précédente aurait tout aussi bien pu simplement se lever et aller s'asseoir à une autre place, sans s'excuser et se flageller. L'homme n'avait pas besoin d'en rajouter non plus.

Pourquoi les rapports humains sont-ils faits de codes, d'appartenances, desquels chacun semble angoissé de sortir ? Pourquoi, dès que nous parlons à quelqu'un hors du cercle intime, nous sentons-nous obligés de nous coller sur le front une étiquette grosse comme une feuille de papier A4 ? De nous enfermer dans des boîtes de classifications grossière des caractères ? Avons-nous si peur d'être naturels que nous ayons besoin de nous cacher derrière des masques ?

Je crois que nous sommes encore prisonniers ici de la vraisemblance. Pour exister vis-à-vis de l'autre, nous nous sentons obligés d'entrer dans ce que nous percevons de son personnage et de jouer une partition que nous souhaitons complémentaire à la sienne. On grossit le trait, on caricature, on accentue. Et on arrive à une vie où toute conversation est polluée de lieux communs.

En allant au concert de ce week-end, nous nous sommes arrêtés au restaurant sur la route. Nous avons commandé un apéritif au bar, et, juste après, un silence est tombé. Sans sommation, le serveur a alors eu cette phrase si personnelle : "on a perdu 10 degrés, il fait beau, mais il fait froid !" Quelle peur panique du silence à bien pu le forcer à nous faire cette confidence insensée ? Et à se plier immédiatement aux codes de sa fonction (barman = conversation facile sur des sujets banals) ?

Plus les années passent et plus j'essaie d'être moi-même en toutes circonstances. Je n'y arrive pas encore vraiment, j'avoue. Mais ne soyez pas mal à l'aise si nous nous retrouvons en tête à tête et que je ne dis subitement plus rien, ce n'est pas que je m'ennuie ou que je ne vous apprécie pas, c'est sûrement parce que je n'ai rien de pertinent à dire et que je préfère me taire que mener une conversation sur la météo.
Et, si je vous pose des questions sur votre profession, votre ville d'origine... n'imaginez pas que j'essaie de faire survivre le dialogue à tout prix, bien au contraire, c'est juste que je m'intéresse vraiment à vos réponses.

2011-12-11

Grenelle

J'ai entendu une pub à la radio hier.

Une femme annonce à son mari que pour 50 euros d'essence, les magasins Leclerc offrent 3 euros de bons d'achat. Elle conclut en lui disant que ça lui fait au moins une bonne raison de l'emmener en weekend. Et la voix off termine par : "L'énergie est notre avenir, économisons-la"

Des fois, on nous prend vraiment pour des cons quand même...

2011-11-10

Madrapour

3h32, dans la nuit du 24 au 25 octobre, je me réveille pour la quatrième fois, à la sortie des mêmes rêves bizarres qui se répètent sans fin, avec la même nausée, la même bouche pâteuse que les trois fois précédentes. Tout est calme dans la pièce, je descends doucement du lit du haut pour constater que le bébé dort toujours et n'a pas froid. Elle n'a même pas changé de position, insensible à la tempête qui rugit au-dehors. Par la fenêtre, j'aperçois de faibles lumières au loin, sûrement l'Italie. Tout est noir par ailleurs et je ne parviens à évaluer les distances et le relief qu'à l'éclat sombre des tâches d'écume à la surface de l'eau. Les mouvements du bateau et de la mer, incohérents de là où je suis, augmentent ma nausée. J'arrête de regarder.


L'écho des annonces en français et anglais par les haut-parleurs à l'accent italien répond de loin en loin à la violence des vagues sur la coque. J'ai souvent l'impression qu'on vient de heurter un objet solide, un iceberg peut-être, mais en automne en Méditerrannée...


Tous les signaux extérieurs reçus par mes yeux et mes oreilles, la peur sourde et millénaire d'être au milieu de l'eau sont démentis par par le rythme régulier des respirations dans la cabine.


J'ai fini un livre il y a trois jours, Madrapour de Robert Merle. Je l'avais commencé au hasard, uniquement attiré par mes lectures de Malevil et de La Mort Est Mon Métier que j'avais adorés, autant pourla forme que pour le fond. Je n'ai cependant pas adhéré au style du Robert Merle de Madrapour, ampoulé et répétitif. Je n'ai pas non plus particulièrement apprécié l'intrigue, un peu lente, avec des invraisemblances. Et pourtant, je l'ai lu jusqu'au bout.


Madrapour est la destination des quinze passagers d'un charter. Rapidement ils réalisent que l'avion n'a pas de pilote à son bord et qu'il est guidé depuis le Sol qui les écoute, les observe, les manipule... S'ensuit un huis clos où l'auteur semble se faire plaisir à opposer les différents caractères, passés au révélateur de situations de crise.


Il est probable que la symbolique de l'histoire et des personnages ait été reléguée au second plan de mon intérêt par l'écriture un peu trop datée à mon goût (sortie de Madrapour en 1976), mais quoiqu'il en soit, en fermant ce livre, je ne pensais pas y revenir de sitôt.


Et pourtant...


Là, dans la cabine du ferry qui relie Toulon à Ajaccio, quelques millimètres de métal et de verre m'isolant du monde dont ne me parviennent que des échos assourdis et incomplets, je me sens plus que jamais petit, faible et le jouet du destin. Et je repense à Madrapour, et je ressens enfin de l'empathie pour les personnages, bien après la fin du livre. Et je repense à Barthes, encore et toujours, et au couple livre-lecteur, et à l'importance aussi du moment de la lecture et de l'état d'esprit du lecteur. Rien de neuf depuis novembre 2009 et un post sur Charlie Winston. Deux ans déjà, je vais aller réécouter Hobo, vérifier si la musique a changé avec moi...

2010-12-09

Le Rapport de Brodeck

Je viens de finir la lecture du Rapport de Brodeck, un roman de Philippe Claudel. Je suis tombé dessus par hasard chez ma mère, j’ai juste lu le résumé sur la quatrième de couverture et le bandeau promotionnel de l’obtention du Prix Goncourt des Lycéens 2007. Bon feeling, je l’ai embarqué et lu. Et comme souvent, c’est quand on lit un livre ou regarde un film sans aucun a priori dessus, sans rien en savoir au départ, qu’on le prend le plus en pleine face. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je n’écrirai même pas ici ce que j’ai aimé dans ce livre ni pourquoi, mais je vais quand même vous faire un résumé rapide, histoire de vous donner envie : c’est l’histoire de Brodeck qui rédige un rapport. Voilà, je vous le conseille franchement ! (c’est vrai que maintenant qu’il n’y a plus que toi, Maman, qui lit ce blog, je pourrais employer la deuxième personne du singulier, mais j’aime instaurer une distance entre mon lectorat et moi…)

Hier, j’étais à la pharmacie et j’ai récupéré une revue gratuite : « Le magazine des patients hypertendus qui aiment la vie » Il y a même un site si vous (tu) ne me croyez (crois) pas : www.bienvivrematension.fr (le site des patients hypertendus qui aiment la vie bien sûr !) Ne t’inquiète pas Maman, je n’ai pas de tension, mais je remarque encore une fois le manque de polyvalence des élites. Cette revue est sûrement rédigée par des médecins hyper-compétents sur l’hypertension, mais pas vraiment hyper-doués pour choisir les titres. Ou alors ils nous prennent pour des hyper-benêts… Ou alors ils ce n’est pas le même magazine pour les patients hypertendus et dépressifs…

C’est pas grand-chose, mais c’est tout pour aujourd’hui !

PS : Veuillez prendre note, lecteurs attentifs, que je passerai sûrement à la maison ce weekend, si vous avez d'autres bons livres à me conseiller... Bisous Maman !

2010-12-05

Living For The City

Hier soir, en rentrant de concert de Marseille et en cherchant désespérément une station de radio avec suffisamment de dialogues intéressants pour me tenir éveillé les 80 km restants, je suis tombé sur cette émission sur France Inter. Une animatrice, deux invités sur le thème d’un album (hier Innervisions de Stevie Wonder). C’était tellement bien que pour aller jusqu’au bout de l’émission, j’ai fait un détour de 5 km supplémentaires ! Et, en guise de générique, une version d’I Am The Walrus plutôt originale par Freddie McCoy.

J’ai pris un tel plaisir à écouter Living for the City hier (le eeh ah de la fin du premier couplet !) que voici deux autres liens vers des chansons qui me donnent la chair de poule et les larmes aux yeux à chaque fois : Nothing From Nothing et That’s The Way God Planned It de Billy Preston.

A part ça, il existe maintenant une version d’Auditorium (voir un post d’il y a longtemps) sur iPhone !

2010-12-03

Quand le sage désigne la lune...

Jeudi dernier sur France 2, il y avait un reportage passionnant sur l'évolution de la recherche sur le SIDA, des premiers cas observés à nos jours. Le documentaire faisait se succéder des interviews de chercheurs, qui exposaient leurs impressions et sentiments à l'époque et a posteriori, au fur et à mesure que la maladie se propageait.

En contrepoints et en guise de têtes de chapitres pour chaque année, un écran récapitulait le nombre de personnes séropositives et le nombre de morts au total pour l'épidémie.

L'impression qui reste après plus d'une heure de reportage, c'est que tout le monde ou presque ne se préoccupe que de son intérêt personnel et ne voit dans l'épidémie qu'un tremplin professionnel.

On entend par exemple Luc Montanier, co-lauréat du Prix Nobel 2008 de médecine pour la découverte du virus se demander avec une pointe de regret pourquoi il l'a obtenu si tard, plus de 20 ans après la découverte.

Luc Chermann se demande pourquoi lui n'a pas eu le Nobel alors qu'il collaborait à l'époque avec Luc Montanier.

Robert Gallo, lui, regrette d'avoir été spolié de la co-découverte du virus et donc privé de Nobel...

...et personne pour regretter toute cette perte d'énergie et de temps à savoir qui a découvert quoi et à quel moment alors que des malades continuent de mourir du SIDA partout dans le monde ! Qui se rappellera dans 1000 ans du nom des lauréat des Prix Nobel 2008 ?

(à noter tout de même les interventions de Françoise Barré-Sinoussi, co-découvreur du virus, qui replace constamment les patients et les espoirs de découverte de traitements au centre du problème)

Même impression de perte de temps (et de vies) au profit d'intérêts financiers quand sont évoqués la mise en place des tests de dépistage ou le scandale du sang contaminé.


Sans aucun rapport et en vrac : pourquoi, dans les bulletins météo, nous précise-t'on toujours la situation des températures par rapport aux « normales saisonnières » ? Je n'ai pas froid quand on est en dessous des normales et chaud quand on est au-dessus...


Toujours sur France 2 mais avant-hier mardi, j'ai appris que les ZEP (Zones d'Education Prioritaire) étaient devenues Réseau Ambition Réussite... (en me renseignant un peu plus, ça date de 2006) Pourquoi change-t'on toujours les noms pour les faire sonner politiquement convenables, alors que là aussi, ce ne sont pas les mots qui blessent mais les situations ?


Tout ça me rappelle un peu ce spot publicitaire qui montrait des enfants qui mouraient de faim sur fond de musique de cirque... Choquant... Jusqu'au slogan qui disait quelque chose du style : « La musique vous choque ? Pourtant ce n'est pas la musique qui devrait vous choquer... »


2010-06-16

Allez les Bleus !

A chaque grande compétition, on entend toujours les mêmes phrases :

“Ils sont payés une fortune, c'est indécent !”

S'ils sont payés autant, c'est qu'ils génèrent de la richesse en conséquence. La loi du marché.


“Sport de cons, 11 de chaque côté à courir après un ballon, avec ce qu'ils sont payés, ils n'ont même pas les moyens de s'en acheter un chacun !”

OK, le foot semble absurde, comme le sport en général d'ailleurs. Mais si on regarde froidement, à quoi servent le la musique (tu fais du bruit avec ta bouche et des accessoires et ça ne sert même pas à prévenir ta tribu d'un danger), la peinture (des dessins trop mal faits, ça ne ressemble même pas à la réalité) et 90% des activités qui nous différencient des animaux ?


Et la plupart du temps, ceux qui sortent ce genre de phrase définitive sont ceux qui sont fans de tennis... Ironie...


On entend aussi beaucoup de phrases comme : “Avec ce qu'ils sont payés, s'ils ne passent pas le premier tour, c'est une honte !” ou “si les résultats ne sont pas à la hauteur de nos attentes, les instances devront s'expliquer” au sujet du prix des chambres d'hôtel des Bleus. C'est fou que même à certains postes d'élite, on confonde encore obligation de moyens et obligation de résultat. Si l'équipe de France est éliminée, même au premier tour mais en ayant tout donné, il n'y aura rien à dire !


Et ironie toujours, la plupart du temps ceux qui sortent ce genre de phrase définitive sont les premiers à s'extasier quand un club amateur élimine un club professionnel en Coupe de France. Ah la beauté du sport ! C'est vrai que c'est sympa quand ça arrive aux autres mais quand c'est notre équipe, quelle déshonneur !


En fait je pense que la Coupe du Monde fait ressortir le meilleur de chacun, pousse l'intelligence à son paroxysme...

Deuxième période de Paraguay-Italie, soit après 10 matches et une mi-temps joués en Afrique du Sud, Christian Jeanpierre demande à Jean-Michel Larqué : « Jean-Michel, pensez-vous, au cours des matches déjà joués, avoir vu le futur champion du monde ? » JML : « Attendons d'avoir vu jouer toutes les équipes ! » Imparable...


...et Allez les Bleus !

2010-04-30

Tremplin ou plongeoir ?

Ce soir, j'ai participé au Pasino à Aix-en-Provence à la demi-finale du ZicMeUp Tour, un tremplin musical. Pas de restriction de style ou de distinction entre reprises ou compositions originales, 4 minutes pour convaincre. 40 participants, les 16 premiers passent au niveau suivant. Le classement final est calculé en additionnant les votes internet jusqu'au jour du tremplin et les votes du jury le soir-même. J'ai été éliminé. Tous mes potes ou presque qui participaient au concours ont été retenus, même ceux qui partaient avec un plus grand déficit au niveau des votes internet.


Ma prestation n'a pas été géniale, mais meilleure que les dernières fois où j'ai participé à ce genre d'évènement. Je ne suis jamais à l'aise quand j'ai peu de temps pour jouer et faire mes preuves. J'ai l'habitude des concerts longs, qui démarrent doucement, avec des auditeurs distraits, calmes et à l'apéro. Ce soir j'ai chanté juste, pas de tremblement dans la voix, bonne gestion du stress, tempo assez posé, pas au top au niveau de la respiration et de la qualité de voix, mais correct dans l'ensemble. Je suis en progrès !


Cependant le fait d'être écarté suscite en moi des réactions ambivalentes. D'un côté, je préserve mon ego en critiquant les sélectionnés. Ils ont tout de même gardé un sosie de Claude François et des chanteurs de karaoke sur bande musicale ! Si le choix est subjectif, le goût est discutable... D'un autre côté, je n'ai pas été retenu et c'est donc un échec. A moi maintenant d'en tirer les conséquences pour évoluer et être plus performant par la suite.


Le problème est d'arriver à se servir de ces deux leviers (l'un pour préserver mon ego et l'autre pour me remettre en question) de manière constructive et non destructrice. Et là se situe la vraie difficulté.


Jean-Marie Bigard (désolé, on a fait mieux comme référence culturelle mais j'assume, il y a de la philosophie à prendre partout), dans un vieux spectacle, faisait un passage sur Robert Lamoureux et concluait en disant que les artistes avaient un besoin vital de retour positif du public sur eux, constamment. J'ai un peu ce souci là aussi. Ma confiance en mes capacités et possibilités est minime et friable. Quand je joue, il suffit que j'aperçoive deux gars qui rient en me regardant pour être persuadé qu'ils se moquent de moi parce que je suis mauvais et, comme par hasard, dans la foulée, je me liquéfie et je deviens mauvais. A l'inverse, si je reçois des louanges excessives voire parfois justifiées par des facteurs extérieurs à la musique (typiquement une fille me dit que je chante bien mais au fond, elle en veut plus à mon physique qu'à ma musicalité) je suis dopé et je groove beaucoup plus.


Confiance en moi extrêmement volatile donc, d'où la difficulté à trouver l'équilibre entre remise en question excessive (j'ai tendance à vite me dire qu'il faut que je change tout, que je ne suis qu'un imposteur, que je n'ai pas de talent, que je ferais mieux de trouver un « vrai » métier...) et aveuglement total (c'est les autres qui n'ont pas de goût, je suis un incompris, certes, mais génial et un jour ou l'autre ils s'en rendront tous compte et me vénéreront comme il se doit, le syndrome « Je m'voyais déjà »)


Depuis 3h que le tremplin est fini, je suis passé plusieurs fois par les deux extrêmes.


J'ai l'impression parfois d'être totalement bipolaire, et de ne pas réussir à faire le funambule entre suffisamment de confiance en moi pour être performant et pas assez pour continuer d'avancer, même si objectivement, je sais que c'est de cet équilibre précaire que naitront les vrais progrès.


Et là, je me suis un peu trop sur-auto-analysé et je vais donc cesser là ce post ! Bonne nuit et merci à ceux qui sont arrivés à me lire jusque là !

2010-04-21

Bilan

Une semaine que je suis de retour à Avignon, le temps du bilan londonien est venu !


Je suis parti 8 semaines pour m'ouvrir les oreilles et l'esprit, tester la vie à Londres. De ce point de vue, le bilan est mitigé. Si la vie à Londres est assez géniale (grande ville, des gens venus de partout, des rencontres tout le temps, de l'animation tout le temps aussi), le bilan auditif est plus nuancé. Je me faisais une haute idée de la musique à Londres, la ville où tout commence, des Beatles à Police en passant par les Stones... Ben, les anglais jouent bien de la musique, culturellement et techniquement, ils nous sont globalement supérieurs sans souci (mais sans être intouchables non plus), mais pour ce qui est de l'oreille et du groove, c'est pas forcément le must. J'ai seulement pris 2 claques musicales en 2 mois : Pat Garratt et Jay Phelps, et pourtant j'en ai vu des concerts et des open mic ! La plupart du temps c'est à moitié en place et même quand c'est joli et harmonieux, c'est long et ennuyeux... Les musiciens avec qui j'ai joué étaient très sympas et ouverts (encore une fois, le côté humain de Londres est fantastique !) mais ne m'ont pas fait rêver musicalement, même si le niveau était correct...


En revanche, le point positif de Londres est qu'on a vraiment l'impression en y vivant que tout est possible si l'on veut bien s'en donner la peine. Personne ne juge les autres sur l'apparence ou l'accent, j'y reviendrai plus loin...


Voici une liste non exhaustive de mes kifs et contre-kifs de Londres :


Kifs :

1. Marcher seul dans les rues, avec la BBC dans les écouteurs, prendre un journal gratuit à la volée et le lire en marchant en se prenant pour un londonien

2. Ecouter I've Got a Feeling à Abbey Road (encore une fois, je sais que la chanson n'y a pas été enregistrée, mais le son et le lieu collent bien ensemble à mon oreille)

3. Jouer une compo dans un pub et faire taper les gens dans leurs mains

4. Traverser sur les passages piétons (les voitures s'arrêtent !)

5. Les pubs sonorisés (tous !!!)

6. Marcher dans Soho et être le seul surpris de ne voir que des couples gays et qui s'affichent.

7. Les mini-jupes le week-end (c'est l'uniforme des vendredi et samedi soirs)

8. Voir un match de rugby des VI Nations dans un pub

9. Entendre de la bonne musique live (parce que c'est pour ça que j'y suis allé)

10. Entendre de la mauvaise musique live (parce que ça me fait penser que je ne suis pas si à la masse et je reviens avec plus de confiance en moi qu'en partant)

11. Les deux notes en tierce mineure descendante qui annoncent la fermeture de portes sur certaines lignes de métro... Hey Jude...

12. Le mix des voix dans les pubs


Contre-kifs :

1. Le son des guitares acoustiques dans les pubs (toutes super aiguës)

2. Les urinoirs en gouttière dans les pubs

3. Certaines mini-jupes le week-end

4. Demander son chemin dans la rue et s'entendre répondre “Ah vous êtes français”

5. Encore pire : demander son chemin dans la rue et se faire répondre directement en français (vraiment des progrès à faire en anglais)

6. Le décalage “culturel” entre la contenance des verres de bières anglais et la capacité de la vessie française


Regrets :

1. Ne pas avoir trouvé de vrai boeuf qui ne soit ni blues ni jazz

2. Ne pas avoir joué Blackbird à Abbey Road

3. Ne pas avoir écouté les gens d'à côté parler français, les avoir laissés parler, et être parti en leur souhaitant une bonne fin de soirée en français !


Le retour à Avignon n'a finalement pas été aussi difficile que je le craignais. J'appréhendais de tout trouver petit et de déprimer en revoyant les mêmes visages, en jouant les mêmes chansons que deux mois auparavant. Pas du tout ! Plutôt content d'être rentré en fait ! J'ai plein de projets que je ne pouvais pas mener à bien à Londres, donc pas le temps de gamberger ici !


Bizarrement, en revenant, j'ai l'impression d'être parti la veille, que rien n'a changé (en fait, ce n'est pas une impression, rien n'a changé !) Le dépaysement du retour se fait sentir de manière inattendue, genre dans un magasin où je suis surpris d'entendre un vendeur s'adresser à moi en français...


Par contre le retour au boeuf de lundi dernier a sonné la fin de la parenthèse anglaise et le retour à la vie normale. La fin du boeuf plus exactement. J'ai d'abord été agréablement surpris de la qualité des musiciens qui sont venus jouer, et de leur attitude posée, tranquille, détendue ! Je me sentais toujours sur mon nuage londonien, jusqu'à ce que Mamadou vienne jouer deux chansons. Il est noir et chante en anglais. Bonne voix, accompagnement correct, tout va bien. Deux percussionnistes jouaient en même temps, rien d'anormal jusque là. Après deux morceaux, je lui demande si on peut en faire un troisième ensemble, on attaque Wondewall, et à la fin, un gars bourré, sûrement influencé par le mélange chanteur noir-djembé-darbouka, commence à s'écrier : “super Mamadou” et il entonne Saga Africa... Bienvenue au pays des stéréotypes et raccourcis, pas forcément méchants, mais pas forcément agréables non plus.


Plus grave, en fin de soirée, après que j'aie fini de plier le matériel (c'est une image, on roule les cables et on range le matériel dans des grosses boites, on ne plie rien en fait...) une bagarre générale a éclaté devant le bar d'à côté. Baston de fin de soirée entre gars bourrés, les flics qui sont stationnés à deux pas d'habitude sont ce soir curieusement invisibles, plutôt fréquent en fait, jusqu'à ce que quelqu'un sorte un couteau et plante 3 coups dans l'épaule d'un géant avant de partir en courant. Tout le monde se calme petit à petit et la police et une ambulance débarquent 10 minutes plus tard. Un peu refroidi de la fin de soirée, je me prépare à rentrer chez moi et sur la route je croise un alcoolique que je connais (oui je travaille dans les bars) qui me prend à parti gentiment : “t'as vu ce qu'ils ont fait ? Ils ont planté mon collègue ! Mais je sais qui c'est, je vais faire descendre mes potes d'Ardèche, les gars du Front National et on va aller les tuer les arabes...”


Bienvenue à Avignon, Londres c'est fini !


PS : Attention, je ne généralise pas ! Je ne dis pas que Londres c'est le paradis et qu'Avignon est glauque ! En deux mois de Londres, je n'ai probablement pas vu les mauvais côtés et je n'ai peut-être pas croisé la crême avignonnaise lundi soir ! Quoiqu'il en soit, j'ai un petit goût amer après lundi...

2010-04-08

Here Comes The Sun

A Londres, quand la météo annonce un temps variable (le soleil avec deux gentils nuages blancs autour), en général, ça signifie qu'il fera gris toute la journée, avec un peu de pluie et on ne saura que le soleil est là que parce qu'il fait jour. C'est le standard de la belle journée de printemps anglaise. Aujourd'hui, nous avons eu une belle journée de printemps à la française ! Du soleil toute la journée, pas de vent, pas de nuage, des températures plus qu'agréables à tel point que mes aisselles en suintaient de joie ! A un moment, j'ai même aperçu un insecte noir et jaune voleter autour de moi, c'était donc la journée ou jamais pour aller à Abbey Road ! (« l'abeille rôde » Vanne d'Or 2009 pour Christophe Soualah, Londres, septembre 2009)


Pour les quelques ignorants qui s'interrogent sur cette rue, elle est célèbre pour abriter les studios où les Beatles ont enregistré la plupart de leurs chansons. Elle a donné son nom à leur dernier album, sur la pochette duquel on les voit traverser une rue (Abbey Road) sur un passage piéton, juste devant les studios. C'est LE lieu de pélerinage obligé pour le beatlesmaniaque de passage à Londres et aujourd'hui c'était donc ma troisième visite (c'est pathétique, je sais)


J'avais pris soin en arrivant de me coller Let It Be dans les oreilles (bien que je sache pertinemment qu'il n'a pas été enregistré à Abbey Road, pas la peine d'envoyer des mails d'insultes... mais ça correspondait à mon humeur du moment !) et à 200 mètres du fameux passage piéton, j'apercevais déjà les cohortes de touristes qui traversaient dans un sens puis dans l'autre la rue pour avoir leur photo perso de l'album.


Le mur du extérieur des studios est couvert de messages de fans des Beatles, comme sur cette photo (qui est en fait la porte de la maison d'à côté qui n'a rien à voir avec les studios mais qui subit comme tout le quartier le fait d'avoir accueilli un groupe de musiciens il y a bientôt cinquante ans)


Je me suis assis sur un muret un peu plus loin et j'ai observé les touristes. Tous un peu surexcités, à se passer et se repasser les appareils photos puis à aller poser sur le passage piéton, en attendant une accalmie dans le trafic qui leur permettrait d'avoir la reproduction la plus fidèle de la pochette. Tous à marcher en faisant des grandes enjambées pas naturelles du tout pour coller à leur vision du disque, sans réussite. J'en ai filmé quelques-uns mais la qualité n'est pas top...



Les autres fois où j'étais venu assister au ballet, il pleuvait ou il faisait froid et j'ai donc eu droit à une nouveauté : un fan sur deux enlevait ses chaussettes et ses chaussures (en commençant par les dernières, c'est plus facile, mais euphoniquement ça passe moins bien) pour traverser pieds nus. (Pour les ignorants du paragraphe précédent, sur la pochette, Paul McCartney marche pieds nus, ce qui a donné lieu à de multiples interprétations concernant son éventuel décès et remplacement au sein des Beatles par un sosie... tapez « Paul is dead » sur Google !)


Aujourd'hui la combinaison grandes enjambées + pieds nus semblait être le must de la copie de la photo ! En revanche, personne ne portait de costume blanc, ni de cheveux longs, même pas capables de se laisser pousser la barbe pour l'occasion ! Ou alors le monde préfère McCartney aux autres...


En tout cas, déjà trois fois que j'y vais et je n'ai toujours pas de photo de moi qui traverse la rue ! Pourvu que ça dure !